Uwimana
Paysanne déplacée au camp de Bihito, Masisi, Nord-Kivu, 2011.
Avant, on était bien, on buvait la boisson d’ici… avec les bananeraies on ne manquait de rien. Mais, depuis la guerre, nous sommes dans la peine. Ceux qui nous ont attaqués étaient habillés comme des soldats, avec des bottes. Ils portaient des bérets militaires, mais on ne sait pas à quel groupe ils appartenaient. Ça ne sert à rien de nous rappeler le temps passé, car la guerre n’est pas finie. Mon mari nous a laissé après ce qui s’est passé… Pour venir ici, nous avons fait deux jours de marche avec mes enfants. À mon arrivée, ils m’ont donné cette bâche, puis les casseroles et de la farine de maïs, deux gobelets de haricots et une bouteille d’huile. On ne peut pas joindre les deux bouts du mois. Au bout d’une semaine, c’est fini. En plus à chaque distribution je dois revendre un peu pour me procurer du bois de chauffe. Au début, je travaillais dans un champ à défricher et je partais au bois… Mais je n’y vais plus, je n’ai plus la force à cause de ma souffrance physique qui persiste depuis ce qu’ils m’ont fait… Et parce que j’ai peur aussi… puisque les bandits sont toujours dans les collines. Mais même les hommes qui vivent ici au camp : si vous vous retrouvez avec l’un d’eux dans la brousse, il est capable de violer. Je ne sais comment ça s’est passé, si c’est la guerre, je ne sais pas…
Titouan Lamazou
Navigateur et peintre, Titouan Lamazou a poursuivi depuis son plus jeune âge ces deux chemins en parallèle.
Il démarre ses premières expéditions ...



















