Suzanna
Paysanne déplacée au camp de Bihito, Masisi, Nord-Kivu, 2011.
C’est en allant au marché chercher à manger pour mes sept enfants que j’ai croisé deux militaires en tenue qui m’ont sommée de déposer mon colis. J’ai résisté, ils ont commencé à me frapper et les deux femmes qui étaient avec moi ont fui, je suis tombée… ces hommes-là, il n’y a que Dieu qui puisse les juger. Ce sont des tueurs, c’est pire que de tuer par balles. Je suis rentrée chez moi et je n’ai rien dit. Le lendemain, je suis allée voir le médecin. Jusque-là il ne m’a rien dit sur mon état, je sais juste qu’il a prescrit les médicaments. Je voudrais me faire examiner pour savoir si j’ai le sida. Mon mari, il est déjà parti depuis longtemps, déjà huit ans, il a fui la guerre, je ne sais pas où il est… Je n’ai rien dit à mes garçons, j’ai peur pour eux, ils voudront me venger et puis ils auront peur de moi à cause de ma maladie. Mais ma fille de 18 ans, je lui ai tout dit pour lui éviter ce que j’ai connu. J’attends la fin de la guerre pour rentrer chez nous. Je dois tout faire pour que mes enfants étudient, surtout l’aîné pour qu’il s’occupe de ses frères à ma mort. Je sais que mon mari viendra, mais est-ce qu’il voudra encore de moi ? Je voudrais savoir si je suis malade ou non. Voilà ce qui changerait déjà ma vie.
Titouan Lamazou
Navigateur et peintre, Titouan Lamazou a poursuivi depuis son plus jeune âge ces deux chemins en parallèle.
Il démarre ses premières expéditions ...



















